Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 50 % des patients atteints de maladies chroniques ne suivent pas correctement leur traitement1. Pour y remédier, chez Servier, nous cherchons à agir sur l’ensemble des leviers qui permettent d’améliorer l’adhésion des patients. Notre ambition ? Proposer, d’ici 2030, une gamme complète composée de solutions thérapeutiques qui puissent convenir à tous les patients, quels que soient leurs profils. Viviana Cortese, Head of Cardiometabolism & Venous Disease (CMVD) Global Medical & Patient Affairs chez Servier, nous explique cette stratégie et son application.
Viviana, en quoi l’adhésion thérapeutique représente-t-elle un défi majeur pour le secteur de la santé ?
Viviana Cortese : L’adhésion thérapeutique désigne le degré de concordance entre les recommandations du médecin et le comportement du patient. D’un point de vue médical, on considère qu’un patient est « non-adhérent » s’il suit moins de 80 % de son traitement2.
La non-adhésion thérapeutique peut avoir de lourdes conséquences sur la santé des patients. En effet, plus un patient suit rigoureusement sa prescription, mieux il contrôle les facteurs de risque, ralentit la progression de sa maladie et prévient d’éventuelles complications. Cela signifie, par exemple, que si un patient non-adhérent souffre de diabète ou d’une maladie cardiovasculaire, sa tension artérielle, son taux de lipides et son cholestérol ne sont pas contrôlés correctement. Or, une bonne observance thérapeutique permet justement de réduire le risque d’hospitalisation et de mortalité.
En outre, au-delà des conséquences qui peuvent être dramatiques pour les patients, la non-adhésion thérapeutique pèse également lourdement sur les systèmes de santé. Entre les médicaments non consommés, les consultations médicales et hospitalisations évitables, l’impact économique est considérable. On estime que 25 % des médicaments prescrits ne seraient jamais consommés4, entraînant un surcoût estimé à 9,3 milliards d’euros en France5 et 120 milliards d’euros en Europe6 ! À l’échelle mondiale, la non-adhésion représenterait une perte de 470 milliards d’euros, soit 8 % des dépenses totales de santé3.
200 000
L’OMS estime que si tous les patients atteints de maladie chronique suivaient à la lettre leur traitement, 12 000 décès en France et 200 000 en Europe pourraient être évités chaque année3.
Face à cette problématique mondiale, l’objectif est donc double : améliorer l’espérance et la qualité de vie des patients, tout en optimisant l’efficacité des dépenses de santé.
Quelle stratégie Servier déploie-t-il pour améliorer l’adhésion thérapeutique des patients ?
V. C. : En tant que leader mondial dans les maladies cardio-métaboliques et grâce à notre approche résolument centrée sur le patient, l’adhésion thérapeutique est au cœur de notre stratégie dans le domaine des maladies cardiologiques et du métabolisme, et des maladies veineuses. C’est un levier essentiel selon nous pour garantir l’efficacité des traitements et améliorer les résultats cliniques des patients.
Depuis 2016, nous nous sommes engagés à améliorer l’adhésion à travers différentes initiatives, de la sensibilisation à la génération de données, en passant par des programmes d’éducation.
Notre stratégie s’articule autour de trois axes principaux :
Nous connaissons aussi l’importance de mener des études en vie réelle pour collecter des données pertinentes sur l’expérience patient et médecin. Reflet du quotidien des patients et des médecins, elles contribuent à enrichir nos connaissances autour d’une pathologie, et fournissent des informations d’intérêt pour comprendre les besoins non satisfaits des patients en matière d’adhésion thérapeutique.
Quels progrès ont déjà été accomplis en matière d’adhésion thérapeutique et quels sont les défis à relever pour l’avenir ?
V. C. : Des avancées significatives ont déjà été réalisées pour renforcer l’adhésion thérapeutique. Je pense notamment aux directives internationales qui mettent de plus en plus l’accent sur une approche multidisciplinaire et holistique du traitement pour une meilleure prise en charge des maladies chroniques. On peut également citer la reconnaissance de l’efficacité thérapeutique des combinaisons en un seul comprimé pour améliorer les résultats des patients. À l’occasion du 24e Comité d’experts sur la sélection et l’utilisation des médicaments essentiels, l’OMS a inclus pour la première fois des associations fixes en traitement préventif primaire et secondaire. L’institution mondiale reconnaît par la même que les combo-thérapies favorisent l’adhésion des patients, à un prix égal ou inférieur aux monothérapies à composants multiples.
Parmi les défis futurs, l’intégration de l’intelligence artificielle et l’analyse des données générées représentent un enjeu majeur. Grâce à une meilleure compréhension des comportements des patients face à leurs traitements, les solutions numériques pourraient jouer un rôle clé dans le suivi en temps réel des traitements, facilitant un accompagnement personnalisé des patients, un suivi continu, ou l’identification des risques de non-adhésion et, in fine, contribuer à une amélioration des résultats thérapeutiques.
Aujourd’hui, la plupart des patients gèrent plusieurs maladies chroniques et sont souvent confrontés à des plans de traitement complexes. Chaque maladie s’accompagne de ses propres médicaments, pris à différents moments et dans différentes conditions. Cette complexité peut rendre l’observance particulièrement difficile.
Enfin, un modèle de soins collaboratif est indispensable, fondé sur une communication efficace à chaque interaction entre le patient et les professionnels de santé. Cette approche dépasse l’adhésion thérapeutique : elle vise à saisir chaque opportunité de mieux gérer les facteurs de risque et encourager les comportements favorables à la santé. Pour y parvenir, une collaboration étroite est essentielle, non seulement avec les professionnels de santé, mais aussi avec les pouvoirs publics pour générer plus vite des innovations au bénéfice de tous.
[1] Adherence to Long-Term Therapies: evidence for action, World Health Organization, 2003
[2] Médecine des Maladies Métaboliques, 2012, https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1957255712703577
[3] Institut Sapiens, https://www.institutsapiens.fr/observatoire/ameliorer-ladhesion-therapeutique-un-enjeu-de-sante-publique/
[4] Etude Observatoire Jalma, étude Observance, https://www.lemoniteurdespharmacies.fr/ressources/upload/imgnewspha/depot/synthese-observatoire-observance.pdf
[5] Améliorer l’observance. Traiter mieux et moins cher, étude IMS Health et CRIP 2015
[6] Université de Genève, https://www.unige.ch/lejournal/recherche/printemps-2023/adhesion-traitement