Comprendre la sclérose en plaques

23/05/2018
Décryptage
23/05/2018

Maladie neurologique dite auto-immune, la sclérose en plaques (SEP) s’accompagne d’un dérèglement du système immunitaire du malade. Elle touche notamment des adultes jeunes chez qui elle constitue la première cause médicale de handicap physique. Dans le monde, plus de 2 millions de personnes sont atteintes de SEP.

 

Une maladie complexe qui détruit le système nerveux

La sclérose en plaques est catégorisée en tant que « maladie auto-immune chronique démyélinisante du système nerveux central (SNC). » Elle entraîne la dégradation ou la destruction des gaines de myéline qui entourent les cellules nerveuses du SNC, constitué du cerveau et de la moelle épinière. Ces gaines sont nécessaires pour véhiculer des informations entre différents neurones ou entre le SNC et des cellules en périphérie, par exemple des cellules musculaires.

Ainsi, si ces gaines de myéline sont altérées voire détruites comme c’est le cas dans la SEP, la propagation des messages entre les neurones et autres cellules se fait moins bien et au final, c’est toute une fonction neurologique qui peut être altérée, comme la marche, l’équilibre, le toucher ou encore la vue. Sous le microscope ou au niveau des coupes anatomiques, les gaines de myélines abimées apparaissent comme des taches endurcies (sclérosées), d’où le nom de la maladie.

Si les causes exactes de la maladie sont encore méconnues, des facteurs génétiques complexes mais aussi environnementaux, tels que la situation géographique (la SEP survient plus fréquemment dans les régions septentrionales de l’hémisphère nord et méridionales de l’hémisphère sud) et certaines infections virales, sont souvent avancés comme étant des éléments déclencheurs potentiels.

 

Les conséquences de la démyélinisation

Dans la sclérose en plaques, le système immunitaire du malade ne reconnait plus sa propre myéline et va alors donner l’ordre à certains de ses globules blancs (les lymphocytes) de la détruire. Les lymphocytes sont les cellules qui, en temps normal, luttent contre les virus et les bactéries infectieuses et détruisent les corps étrangers qui se sont introduits dans l’organisme.

Cette activation inadaptée du système immunitaire peut donc déclencher une destruction de la myéline et une inflammation du système nerveux qui aggravent l’état du malade.

Les conséquences de cette activation sont multiples pour le malade. On recensera ainsi des troubles moteurs qui se traduisent notamment par une faiblesse ou une raideur musculaire qui peuvent s’accompagner de troubles de la coordination des mouvements ou de l’équilibre. Les personnes atteintes de SEP décriront aussi fréquemment des troubles sensitifs qui se traduisent par des fourmillements, des engourdissements, des sensations de décharges électriques ou des difficultés à reconnaître le chaud et le froid. Ces troubles sensitifs peuvent aussi se traduire par des douleurs. Un tiers des patients subit des troubles de la vision qui sont la conséquence d’une souffrance du nerf optique. Une baisse de l’acuité visuelle peut survenir rapidement et être accompagnée de douleurs lors des mouvements oculaires.

 

Les « formes de la maladie »

Il existe deux grandes catégories de sclérose en plaques : d’un côté la forme récurrente-rémittente et de l’autre côté les formes progressives de SEP (qui se subdivisent en formes primaires progressives et formes secondaires progressives).

La sclérose en plaques récurrente-rémittente est la forme la plus fréquente de la maladie. Elle représente 65% des cas de SEP. Cette forme se manifeste par des « poussées », épisodes aigus pendant lesquels le patient présente des symptômes neurologiques comme un manque de force ou de coordination, un trouble de la marche, des sensations anormales ou une altération de la vue. Au bout de quelques jours à quelques semaines, ces symptômes régressent partiellement ou complètement. L’état du patient restera stable jusqu’à la prochaine poussée qui peut arriver de façon souvent imprévisible, au bout de quelques mois ou de quelques années. Au fil du temps, le handicap du patient souffrant d’une SEP récurrente-rémittente s’aggravera « par paliers. »

Les formes progressives de SEP se distinguent de la forme récurrente-rémittente de la SEP par l’aggravation des symptômes, même en dehors des poussées. Le plus souvent, cette forme survient chez un patient après quelques années de SEP récurrente-rémittente, on parle alors de forme secondaire progressive. Ces patients peuvent toujours avoir des poussées, mais l’aggravation des symptômes neurologiques se fait de façon continue et généralement les poussées deviennent de plus en plus rares avec le temps. Plus rarement, un patient peut débuter une SEP progressive sans jamais avoir été atteint de SEP récurrente-rémittente ; il s’agit alors de la forme primaire progressive. Comme pour la forme récurrente-rémittente, l’évolution de la maladie dans le temps est souvent difficile à prédire : certains patients auront des longues périodes de relative stabilité ou d’aggravation minime de leurs symptômes, alors que d’autres verront une aggravation rapide avec impossibilité de continuer à travailler ou de mener une vie en autonomie.

Comment est-elle soignée ?

Une dizaine de molécules sont actuellement utilisées pour traiter la sclérose en plaques, mais destinées principalement aux formes récurrentes-rémittentes. La plupart d’entre elles interagissent avec le système immunitaire pour freiner l’inflammation du système nerveux central et empêcher la destruction de la myéline. Ce qui limite le plus leur utilisation est le fait que ces traitement peuvent parfois fragiliser le système immunitaire et rendre l’organisme vulnérable vis à vis des germes comme des virus ou des bactéries. Pratiquement tous ces traitements sont efficaces pour diminuer le nombre et/ou la sévérité des poussées. Les plus récents peuvent également avoir une efficacité pour diminuer le handicap à long terme. Malheureusement, même les traitements les plus efficaces dans les formes récurrentes-rémittentes n’ont pas eu la même réussite dans les formes secondaires progressives et aucun traitement n’est actuellement reconnu dans les formes primaires progressives.

Une découverte révolutionnaire et une perspective de traitement pour toutes les formes de sclérose en plaques

Depuis de nombreuses années, il a été supposé que certains virus puissent jouer un rôle dans l’initiation et l’évolution de la sclérose en plaques. Un des virus en cause est MSRV, dont le nom signifie « Virus associé à la Sclérose en Plaque. » Il y a des milllions d’années, ce virus est parvenu à se copier dans notre ADN, patrimoine héréditaire transmis par les parents. Ce virus se trouve donc aujourd’hui présent chez chacun de nous sous une forme latente et inoffensive. Il semblerait que chez les patients atteints de SEP, MSRV soit activé par divers mécanismes, se transformant ainsi en virus actif et virulent qui induit les phénomènes pathologiques de la SEP mentionnés plus haut : l’inflammation au niveau du système nerveux central, la dégradation des gaines de myéline et la neuro-dégénérescence par mort cellulaire.

Les chercheurs de GeNeuro ont réussi à développer un anticorps qui se fixe sur le virus MSRV activé pour le neutraliser. Il s’agit là d’une approche thérapeutique tout à fait nouvelle qui, contrairement aux traitements existants, n’interagit pas avec les fonctions du système immunitaire et pourrait permettre de traiter toutes les formes de SEP, récurrente-rémittente et progressives tout en diminuant les effets secondaires.

En mars 2018, Servier et GeNeuro ont annoncé des résultats positifs à 12 mois dans une étude de Phase 2b avec un candidat médicament de ce type.